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Justice : le skippeur Kevin Escoffier au creux de la vague

Kevin Escoffier

Le skippeur Kevin Escoffier était devant le juge du tribunal correctionnel de Lorient ce lundi, pour des accusations d’agressions sexuelles sur quatre femmes. Mais son procès, tant attendu, a été finalement reporté au 9 novembre prochain. En cause, des documents transmis tardivement par son avocate, et qui nécessitent du temps de lecture. Les présumées victimes devront donc patienter encore.

C’était un moment très attendu, mais il faudra patienter encore. Ce lundi 30 mars, au premier jour d’audience, le tribunal correctionnel de Lorient a décidé de reporter au 9 novembre prochain le procès du skippeur Kevin Escoffier, poursuivi pour agressions sexuelles sur quatre femmes. Ce report s’explique par la transmission tardive des documents par l’avocate du prévenu. Le ministère public a également sollicité un complément d’informations.

Plusieurs navigatrices aux côtés des victimes contre Kevin Escoffier

Cette décision a suscité de la déception parmi les membres du collectif féministe NousToutes. « Les paroles des victimes ont de la valeur, elles méritent d’être entendues et ne doivent plus être ignorées », a déclaré l’une d’entre elles. Le mouvement a organisé un rassemblement devant le palais de justice pour « soutenir les victimes » et « briser le silence sur les violences qui règnent sur le milieu de la course au large ». Plusieurs navigatrices, dont Clarisse Crémer, ont également pris part à cet évènement. Cette opération n’a pas été du goût de l’avocate de l’accusé, qui appelle à respecter la présomption d’innocence, comme dans toute affaire de ce genre.

L’avocate du prévenu plaide la nullité de la procédure

Me Virginie Le Roy plaide la nullité de la procédure, mettant en cause la loyauté de l’enquête, faite selon elle « de témoignages indirects ». Aussi, elle critique le fait que certaines pièces n’aient pas été versées au dossier, pointant une volonté de dissimulation. « J’ai plusieurs témoignages qui attestent que des personnes entendues par les services enquêteurs ont été extrêmement mal à l’aise de voir l’enquêtrice essayer d’orienter leurs réponses », a-t-elle défendu à la sortie du tribunal. Vendredi, l’avocate a déposé à la dernière minute un document de 70 pages accompagné de 152 pièces.

Le parquet a ordonné un supplément d’information

Après avoir reçu ce dossier épais, les magistrats ont déclaré l’impossibilité de l’étudier sérieusement en un week-end. Ils ont expliqué qu’il faut du temps pour le lire et pouvoir en débattre utilement, afin « que chacun ait l’impression qu’il ait pu s’exprimer, que ce procès ne laisse aucun goût amer à personne ». D’où le renvoi au 9 novembre 2026. Le parquet a également ordonné un supplément d’information « pour prendre en compte les pièces versées » par la défense et « opérer un certain nombre de vérifications ». Côté parties civiles, on juge également nécessaire le report du procès. Toutefois, on trouve « regrettable d’en arriver là, car c’est une épreuve pour elles [les victimes] ».

Kevin Escoffier, un grand nom de la voile

Dans le monde de la voile, Kevin Escoffier est un grand nom. Marin très expérimenté, il a notamment remporté la transat Jacques Vabre en 2005 (à 25 ans), avec son père, lui-même skipper comme l’oncle et le frère. Il est également vainqueur du trophée Jules Verne en 2015 et de la Volvo Ocean Race en 2018, mais n’a jamais remporté le Vendée Globe, dont l’édition 2020 a failli l’emporter. Les ennuis avec la justice ont commencé pour lui en décembre 2023 lorsque son attachée de presse dépose plainte pour une agression sexuelle aux Etats-Unis, lors d’une escale de l’Ocean Race, une course autour du monde en équipage. Au moment de faire une accolade, a-t-elle raconté, le skippeur breton lui a pressé les seins avec les mains et palpé ses fesses.

Kevin Escoffier encourt une peine maximale de cinq ans de prison

Ce témoignage en a déclenché d’autres dans la foulée. Trois femmes ont dit avoir aussi été victimes d’agressions sexuelles de la part du navigateur français à Lorient, au Brésil et à Melbourne (Australie). Selon des témoins, Kevin Escoffier a commis au moins une partie des faits en état d’ébriété. Après l’ouverture d’une enquête en juillet 2023, il a été placé en garde à vue en février 2025, puis transféré devant le tribunal correctionnel de Lorient. Le skippeur avait été suspendu par la FFVoile, avant d’être réintégré 18 mois plus tard en mars 2024. S’il est reconnu coupable d’agression sexuelle, Kevin Escoffier encourt une peine maximale de cinq ans de prison, voire sept ans si des circonstances aggravantes sont retenues.