À trois mois du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, l’agression de l’Iran par les Etats-Unis et Israël compromet la participation de la République islamique. Celle-ci a le droit et le devoir moral de refuser de jouer dans un pays qui lui fait la guerre. Mais l’administration Trump pourrait également, et unilatéralement, l’exclure de la compétition. Une perspective qui met la FIFA dans une situation très inconfortable.
Les Etats-Unis et Israël ont lancé, le samedi 28 février, une nouvelle offensive contre l’Iran, alors que ce dernier semblait disposer à faire de grandes concessions sur son programme nucléaire. Les coalisés ont mené plus de 2000 frappes à ce jour, tuant plus de 800 personnes, dont de hauts dirigeants iraniens comme l’Ayatollah Ali Khamenei. En réponse, l’Iran cible Israël et les pays du Golfe accueillant des bases militaires américaines.
L’Ukraine ne prendrait jamais part à une compétition jouée en Russie
Durement touché, l’Iran a désormais le couteau entre les dents. Dans le contexte de cette nouvelle guerre américano-israélienne, après les attaques de juin 2025, le pays pourrait boycotter la Coupe du monde 2026 en Amérique du Nord. Et c’est son droit. Sa situation peut être comparée à celle de l’Ukraine, qui n’ira jamais en Russie (si c’était possible) pour prendre part à une compétition en l’état actuel de leurs relations. On comprend donc parfaitement les Iraniens, quelle que soit la nature de leur régime.
Pour l’Iran, difficile d’imaginer de prendre part à cette Coupe du monde
L’Iran fait partie des 48 équipes qualifiées pour la Coupe du monde 2026, qui se jouera du 11 juin au 19 juillet en Amérique du Nord. Principalement au Canada, au Mexique et aux Etats Unis, où 78 des 104 matchs sont prévus. Premier de son groupe en qualifications asiatiques, l’Iran doit évoluer dans le groupe G sur le sol américain, à Los Angeles (contre la Nouvelle-Zélande et la Belgique) et à Seattle (contre l’Egypte). Une situation potentiellement inconfortable pour les joueurs et supporters de la République islamique, qui pourraient refuser de s’y rendre pour leur propre sécurité.
Le président de la Fédération iranienne de football Mehdi Taj a déclaré samedi que dans les circonstances actuelles, il est « difficile d’imaginer l’Iran prendre part à la Coupe du monde de football », mais que « ce sont les dirigeants du sport qui doivent en décider ». Autrement dit, les hauts responsables du football iranien, dont lui-même.
De sévères restrictions d’entrée sur le sol américain imposées aux Iraniens
L’Iran pourrait boycotter la Coupe du monde de Donald Trump, d’autant que le pays figure sur la liste des territoires soumis à de sévères restrictions d’entrée sur le sol américain. Ses supporters auront donc de grandes difficultés à obtenir des visas pour s’y rendre. S’il y a 4 millions d’Iraniens déjà aux Etats-Unis – la plus grande communauté étrangère – une arrivée de fans depuis le pays est un droit fondamental.
Soulignons par ailleurs que des joueurs comme Mehdi Taremi sont menacés de ne pas prendre part à la compétition pour avoir fait leurs services militaires… À cette série d’injustices s’ajoute la situation actuelle. Ce contexte interroge fortement sur l’utilité de se rendre dans un pays si hostile aux ressortissants iraniens.
L’Iran remplacé par l’Irak en cas de retrait de la Coupe du monde
Pris au piège de la politique dans le sport, la FIFA ne sait plus sur quel pied danser. Son patron Gianni Infantino ne peut pas prendre le risque de fâcher son ami Donald Trump, à qui il a remis un prix grotesque de la paix. Pour l’heure, l’organisation joue l’observatrice. Par la voix de son secrétaire général Mattias Grafström, elle dit suivre « de près l’évolution de la situation sur tous les sujets à travers le monde », et promet « de communiquer avec les trois gouvernements hôtes ».
Notons que, même si l’Iran voulait prendre part à la Coupe du monde en Amérique, Donald Trump pourrait l’en exclure, en cas de défaite militaire. Le président américain est très rancunier et coutumier des décisions unilatérales. S’il excluait unilatéralement l’Iran, la FIFA n’aura d’autres choix que d’entériner sa décision. Dans ce scénario, la République islamique pourrait être remplacée par une autre équipe asiatique, l’Irak barragiste, qui serait qualifié d’office, et les Émirats Arabes Unis joueraient ces barrages.
