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Serviettes volées à la CAN : la CAF justifie l’injustifiable

Et hop, une nouvelle pièce dans la machine à polémique. Une semaine après la finale de la CAN au Maroc, marquée par l’affaire des serviettes volées, la CAF excuse presque les stadiers marocains. Olivier Safari Kabene, son directeur de la commission d’arbitrage, a carrément pointé du doigt la responsabilité du portier sénégalais Édouard Mendy dans cette histoire. Sa sortie ne fait que renforcer les soupçons d’un favoritisme en faveur des Lions de l’Atlas.

Le dimanche 18 janvier, le Sénégal a remporté la deuxième CAN de son histoire après celle de 2021, en battant le Maroc, pays hôte, par la plus petite des marques (1-0). Le but a été inscrit dans les prolongations, à la 94e minute, sur une frappe splendide de Pape Gueye. Si cette finale restera dans les annales du football africain, ce ne sera pas grâce au jeu offert sur le terrain, mais à cause de faits honteux et scandaleux qui ont émaillé l’événement.

Un penalty généreux qui provoque la colère des Sénégalais

Cette finale de la CAN marocaine à Rabat a d’abord été marquée par des décisions arbitrales très douteuses. Notamment sur le but refusé au Sénégal après une faute très légère sur Achraf Hakimi et sur le penalty généreux accordé au Maroc dans la foulée, à la toute dernière minute du temps réglementaire. S’estimant victime d’une combine, les Lions de la Téranga ont arrêté de jouer. Certains sont même entrés au vestiaire pour revenir vingt minutes plus tard, à l’appel de leur capitaine Sadio Mane. La suite de l’histoire on la connait. Le préposé marocain au penalty, Brahim Diaz, le rate en essayant une panenka osée. Quelques minutes après, Pape Gueye lui fait regretter son audace.

Les stadiers ont un nouveau boulot : retirer les serviettes des gardiens

Avant cet épisode, un fait est passé inaperçu, mais largement vu plus tard sur les réseaux sociaux. Des stadiers marocains ont essayé d’arracher la serviette du gardien sénégalais Édouard Mendy, accroché à son filet. Ils sont même entrés sur la pelouse et ont mis à terre le portier numéro 2 du Sénégal Yehvann Diouf, qui essayait de protéger la serviette de son coéquipier. Ces ramasseurs de balle d’un autre genre lui ont même couru après. Sur Internet, les Marocains ont justifié le geste incompréhensible de leurs stadiers. Ces derniers auraient tenté de prendre la serviette parce que ce serait un objet de sorcellerie, un fétiche pour gagner la finale. En nous prêtant à leur jeu, on pourrait se demander pourquoi certains pays, réputés très mystiques, n’ont jamais remporté la CAN.

Olivier Safari pointe la responsabilité d’Édouard Mendy

Une semaine après cet épisode honteux, la Confédération Africaine de Football a relancé la polémique. Olivier Safari, son président de la commission des arbitres, s’est fendu de propos assez dingues pour justifier le vol de serviettes. Au micro de Canal+ Afrique ce lundi, il a affirmé que « la serviette n’est pas un équipement d’un joueur ou d’un gardien » et que « lorsqu’un gardien s’accompagne d’une serviette, ça doit être de manière très sportive et avec plus de fair-play ». Il ajoute : « Dès lors que celui-ci [le gardien] commence à crier ou influencer le jeu, je pense que cette serviette doit être loin de cet espace de jeu. ». On hallucine carrément !

Les lois de l’IFAB tolèrent la présence des serviettes

Mais décortiquons cette déclaration lunaire. D’abord à l’aulne des textes. La loi 4 des lois du jeu de l’IFAB sur l’équipement des joueurs ne cite pas la serviette dans les éléments interdits. Elle ne dit pas, non plus, si cet objet est autorisé. Pour être clair, la serviette est tolérée, à la discrétion de l’arbitre, tout comme les bouteilles d’eau placées derrière les buts. La loi 5 sur les pouvoirs de l’arbitre précise que celui-ci peut intervenir si un objet « interfère avec le jeu ». Mais l’homme en noir n’a pas agi. On suppose donc que la serviette n’interférait pas avec le jeu.

Enfin, la loi 12 sur les fautes et incorrections permet de sanctionner un comportement antisportif, notamment autour des équipements. Mais on n’a pas vu Édouard Mendy faire quoi que ce soit de provocateur avec sa serviette. Sauf si essuyer ses gants mouillés par la pluie est une insulte au peuple marocain… Les Marocains ne disent d’ailleurs pas qu’il a eu un comportement antisportif. Ils parlent plutôt de gris-gris. Un argument farfelu au XXIe siècle.

La CAF va-t-elle interdire les serviettes pour faire plaisir au Maroc ?

Notons par ailleurs que ce n’est pas le rôle des stadiers de retirer un équipement appartenant à un acteur sur la pelouse. Cette action relève de la compétence des arbitres. S’il y avait un souci, il fallait simplement le signaler au maître du jeu ou remonter les faits au staff marocain pour que celui-ci se charge de l’interpeller. Mais Olivier Safari ignore visiblement tous ces principes car il n’a pas évoqué le comportement des ramasseurs de balle marocains. Il justifie donc presque leur comportement. C’est à peine croyable de la part d’un officiel de la CAN. Sa sortie ne fera que renforcer les soupçons d’une combine en faveur du Maroc.

La prochaine étape de la CAF sera peut-être d’interdire les serviettes en Afrique, alors que ces équipements sont tolérés ailleurs dans le monde. Cette décision sera prise pour faire plaisir au royaume chérifien, où une autre affaire de serviettes a éclaté le weekend dernier lors du match de Coupe CAF entre le Wydad Casablanca (Maroc) et Maniema Union (Congo Brazzaville), après déjà un fait similaire face au Nigeria en demi-finale de la CAN. Visiblement une nouvelle habitude chez nos frères marocains.